Catherine BAGOT

1996 - La brigadière Catherine Bagot périt dans un incendie alors qu'elle tente de sauver une personne prisonnière des flammes à Paris. Célibataire et sans enfant, elle avait 34 ans.
Nuit du dimanche au lundi 16 Décembre 1996. Un équipage de police secours de la commune des Lilas (Seine-Saint-Denis) constate un attroupement de riverains en bas de l'immeuble du 53 Avenue Pasteur situé en limite de leur secteur dans le 20ème arrondissement de Paris.

Un appartement est en flammes au septième étage et une femme désespérée a enjambé la fenêtre pour éviter les fumées brûlantes et toxiques. Les sapeurs pompiers sont en chemin.

Malgré l'évidence du danger, la brigadière Catherine Bagot décide tout de même d'intervenir : elle emprunte les étages à pieds pour lui porter secours. Une fois dans l'appartement, elle parvient à tirer à plusieurs reprises la victime par le bras mais la virulence du feu prend le dessus.

La femme se défenestre et décède de sa chute. Grièvement brûlée, très intoxiquée mais consciente, Catherine Bagot est secourue mais son pronostic vital est réservé. Transportée en urgences à l’hôpital, elle succombe à ses blessures dans la journée du 19 Décembre 1996.

Originaire des Côtes d'Armor, Catherine Bagot, dix ans de services civils, était célibataire et âgée de trente quatre ans. Entrée dans la police en 1985 en qualité d'agent de surveillance, elle devenait gardienne de la paix l'année suivante au commissariat du 18ème arrondissement de Paris, puis celui du 20ème, de 1986 à 1995. Promue Brigadier de police en 1995, elle obtenait une affectation aux Lilas. Nommée Lieutenant de Police à titre posthume, et citée à l'ordre de la nation, elle était unanimement appréciée. Elle est élevée au grade de chevalier de la légion d'honneur et reçoit la médaille d'or pour actes de courage et de dévouement.

Sources :
Journal officiel n°4 du 5 janvier 1997 page 223, "Citation à l'ordre de la nation"
Journal officiel n°61 du 13 mars 1997 page 3903, "Décret portant nomination à titre exceptionnel" 

Patrice JAY

Source : Le Dauphiné libéré du 19/12/2013
1996 - Le Capitaine Patrice Jay est tué par un forcené qui tire au jugé dans les rues de Montélimar. Il avait 37 ans.

Originaire de Bourg-de-Péage, il était marié à Brigitte, et père de deux enfants : Adrien et Lucile. Entré à l'âge de dix-neuf ans dans la police, il réussit le concours de Lieutenant de police et intègre la corps urbain de Vitry-sur-Seine en 1986. Nommé Capitaine de police en 1993, il est muté à sa demande à Montélimar.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Jeudi 24 Octobre 1996. Une vive altercation éclate entre un chasseur et un marginal sur les berges du Jabron, la rivière qui traverse la commune de Montélimar (Drôme). Ce dernier est connu par les riverains pour vagabonder régulièrement en état d'ivresse avancée. Il s'agit d'André Vuattoux, cinquante ans.

Vuattoux parvient à désarmer le chasseur et s'empare de ses munitions. Il n'hésite pas à retourner le fusil contre son propriétaire et le blesse au dos et au bras. Des témoins de la scène font appel à la police. Il est 11h30. Le marginal erre désormais dans les rues de Montélimar et tire au jugé en direction des policiers intervenants.

Près de l'école de Margerie, les gardiens de la paix Didier Barrière et Michel George sont pris pour cible et atteints par des projectiles. Alors qu'il gagne la route de Dieulefit, Vuattoux blesse deux autres policiers, les gardiens de la paix Jean-Claude Lavarello et Jean-Pierre Péjout. Le Capitaine Patrice Jay, officier de police judiciaire de permanence, se rend sur les lieux.

Le forcené est désormais retranché sur un parking d'une grande surface. Dissimulé entre les voitures, il tient en respect les policiers qui se manifestent. Le gardien de la paix Eric Brunetti est atteint deux fois par des tirs. Le Capitaine Patrice Jay quitte dans le même temps un angle de mur et s'approche du forcené, arme au poing. Il espère sans doute le maitriser, mais le forcené effectue un quart de tour et fait feu à bout portant sans aucune hésitation.

L'officier s'écroule, tué sur le coup. Les autres intervenants ripostent aussitôt et atteignent le malfaiteur à la jambe, qui trouve tout de même la force de fuir et de se réfugier dans le jardin d'un pavillon du quartier de Montlouis. Il est enfin interpellé, mais le bilan est lourd : un officier de police est tué, cinq gardiens de la paix et deux civils sont blessés par arme à feu.

25 Novembre 1996. Le Capitaine Patrice Jay est nommé à titre posthume Commissaire de Police et cité à l'ordre de la nation. Il reçoit la croix de la légion d'honneur ainsi que la médaille d'or pour acte de courage et de dévouement, avec palme.

20 Novembre 1998. La cour d'assises de la Drôme a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de vingt-deux ans André Vuattoux. Il est toujours incarcéré à ce jour.

19 Décembre 2013. Une cérémonie présidé par le député maire Franck Reynier inaugure une place au nom du Commissaire de police Patrice Jay, rue Paul Loubet, en présence de la famille du défunt.


Sources et références :

Journal officiel du 03/11/1996, page 16069, "Citation à l'ordre de la nation"
Le Dauphiné Libéré du 19/12/2013, "Inauguration du parking Patrice-Jay"
Libération du 21/11/1998, "Perpétuité pour le meurtre d'un agent"
Le Télégramme du 25/10/1996, "Un forcené tue un policier et blesse 6 personnes à Montélimar"

François PELLEGRIN

Mercredi 21 Août 1996. Vers 22h30, le gardien de la paix François Pellegrin, motard au sein de la compagnie motocycliste départementale de Seine-Saint-Denis est violemment percuté par un automobiliste alors qu'il patrouille sur lé périphérique parisien. Le motard grièvement blessé à la tête meurt lors de son transfert à l’hôpital. Il n'avait que vingt-huit ans.

Si vous disposez d'informations complémentaires susceptibles d'améliorer ou corriger ce récit, si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter pour établir avec votre accord une page dédiée plus appropriée.

Jean-Yves CARIOU

1996 - Le commandant de police Jean-Yves
Cariou est abattu par un forcené retranché
dans son domicile dans un contexte de
violences conjugales à Lorient.

Si vous êtes un proche de la victime,
merci de me contacter.
Mercredi 21 Août 1996. Une violente dispute conjugale éclate au domicile de Yves Michel Deniel, cinquante-sept ans, au N°5 de la rue Jeanne d'Arc à Lorient (Morbihan). Ce dernier saisit un fusil de chasse et fait feu en direction de son épouse. Dépêchés sur place, les sapeurs pompiers la découvre blessée à la jambe et constatent que le mari s'est retranché dans la maison. Ils préviennent le commissariat local, il est 7h45.

Le forcené refuse tout dialogue avec la police. Un périmètre étanche est établi et on tente de le raisonner par téléphone sans succès. La maison est verrouillée par tous les accès.

Des policiers accèdent au jardin à l'arrière de la bâtisse en passant par un voisin, des fenêtres sont brisées volontairement pour dégager un accès. L'usage de grenades à gaz lacrymogènes est inefficace, et le chien de la brigade cynophile est désorienté, saisi par les émanations.

Une progression lente est entamée dans la maison, sommations d'usage à l'appui, en vain. Alors qu'il tente d'observer les mouvements du forcené à travers une fenêtre, le Commandant de police Jean-Yves Cariou est surpris par ce dernier, lequel tire dans sa direction sans hésitation. L'officier est atteint mortellement à la gorge. Les autres policiers présents sur le dispositif ripostent et neutralisent le tireur alors qu'il reprend position au balcon du premier étage et fait feu au jugé.

Originaire du Morbihan, Jean-Yves Cariou, quarante-six ans, était marié et père d'une petite fille. Affecté à Lorient depuis 1994, il devait prend en charge la Brigade des Moeurs au mois de septembre, il est nommé Commissaire de police à titre posthume.

Sources :
Journal officiel du 28/08/1996, page 12911, "Citation à l'ordre de la nation"
Le Télégramme du 22/08/1996, "La police tue un forcené" 
Le Télégramme du 23/08/1996, "Le drame de la rue Jeanne-d'Arc"

Frédéric PISSAVY-YVERNAULT & Jean-Claude CONTE

1996 - Deux policiers détachés à la sécurité
civile trouvent la mort dans le crash d'un
hélicoptère au retour d'une mission.

Ci dessus, Frédérick Pissavy-Yvernault,
avec l'aimable contribution de sa famille.

Si vous êtes un proche de Jean-Claude
Conte, merci de me contacter.

Mardi 25 Juin 1996. Un accident mortel de la circulation se produit vers 8h50 sur la route départementale 940 à proximité de la base d'hélicoptères de la Sécurité Civile du Havre (Seine-Maritime). Les équipes de secours présentes sur les lieux constatent effectivement le décès d'un motard, qui a percuté très violemment le conducteur d'un camion frigorifique venant de face. Ce dernier, éjecté de sa cabine lors du choc, se trouve dans un état critique. L'équipage de la sécurité civile "DRAGON 76" est logiquement sollicitée pour effectuer le transport du blessé jusqu'au centre hospitalier Jacques Monod.

La victime est placée dans une civière à bord de l'hélicoptère qui se trouve toujours dans son hangar : une situation suffisamment rare pour être soulignée. L'équipage est composé de deux policiers détachés à la sécurité civile : le brigadier-major Frédérick Pissavy-Yvernault, pilote très expérimenté, trente-neuf ans, et du brigadier Jean-Claude Conte, trente-huit ans, mécanicien de bord.

Ils gagnent sans incident la zone d’atterrissage du centre hospitalier et y déposent le blessé ainsi que les secouristes. Mais le drame se produit sur le chemin du retour à la base. Plusieurs témoins observent que l'hélicoptère vole anormalement bas et que son moteur produit un bruit aussi irrégulier qu'anormal. A 11h09, le rotor de l'engin percute et sectionne le câble d'une ligne à haute tension traversant le hameau d'Emfrayette, sur la commune de Fontaine-la-Mallet. Il s'écrase dans un champ et le carburant s'embrase aussitôt, emportant la vie des deux sauveteurs.



L'hélicoptère SA-365-C1, qui accumulait plus de 400 heures de vol, revenait d'une révision complète aux ateliers de Paris. Les entretiens journaliers ont été respectés ; rien ne semble expliquer à ce jour l'origine de l'accident de l'engin dont le personnel de bord était rompu à la manœuvre. L'enquête confiée à la DICCILEC avec le concours du groupement régional d'enquêtes de Rennes conclura à une défaillance humaine.



Né en 1956 à Casablanca de parents français fonctionnaires, Frédéric Pissavy-Yvernault avait trente-neuf ans. En 1978, entré à l’école de l'aviation légère de l'armée de terre de Dax (Landes), centre de formation des pilotes militaires d'hélicoptères des armées, il sortait major de sa promotion et obtenait son brevet de pilote ; il réalisait un rêve d'enfant.

De 1979 à 1984, il devient deuxième pilote puis commandant de bord sur Puma SA330 ; il effectue de nombreuses missions en France et à l'étranger jusqu'à obtenir en 1985 un brevet de moniteur à l'école de spécialisation de l'aviation légère de l'armée de terre (ESALAT).

En 1988, fort de 3200 heures de vol à son actif, il intègre un centre de formation de la Police Nationale qui lui permettra d'intégrer la Sécurité Civile l'année suivante. D'abord dans le sud de la France, puis au Havre.

Valérie, sa belle-soeur, évoque l'homme qu'il était : "Il devait fêter ses quarante ans au mois août ; il était père de deux enfants, Pierre et Charlotte qui bien sur étaient ses rayons de soleil. Après un divorce douloureux il avait refait sa vie avec ma sœur, qui avait elle aussi deux enfants Géraldine et Edouard ; les quatre réunis formaient une belle équipe âgée de neuf à treize ans. Leur histoire d'amour n'a durée que cinq ans, fracassée ce terrible jour de juin."

"Le gouvernement de l'époque a rendu un très bel hommage à l'équipage, avec une cérémonie officielle à la base d'hélicoptères ; le Ministre de l'intérieur, à l'époque Jean-Louis Debré avait également fait le déplacement.

Fred' était très expérimenté, il était instructeur ; il avait de belles valeurs morales, et avait reçu la médaille pour acte de courage et dévouement lors d'un vol de nuit très risqué en bord de falaise : ils avaient pu sauver deux vies de très jeunes gens."

"Beaucoup de témoignages de reconnaissance d'anciennes victimes sont arrivés à la base. Je le considérais comme un grand frère ; dix-sept ans après le drame, malgré tout, je suis encore émue de raconter tout cela, il était jeune, il était beau, c'était un "mec bien".

Sources :
JORF n°57 du 8 mars 1997 page 3695, "Citation à l'ordre de la nation"
Entretien avec Valérie Guard, proche de Frédéric Pissavy-Yvernault

Lionel PUIRAVAUD

Lionel Puiravaud, motard de la police nationale affecté à la Compagnie républicaine de sécurité N°19 de La Rochelle (Charente-Maritime) est victime d'un accident de la route le 19 Juin 1996 alors qu'il se trouve en service, de mission d'escorte d'un transport exceptionnel. Sa fille Carole témoigne :
C'était un 19 Juin en 1996,  je n'étais alors âgée que de treize ans ; je m'apprêtais à déjeuner avec ma grand-mère qui était à la maison à cette époque. Mon steak haché purée du "Mercredi" n'attendait que moi lors qu’à 12 heures 35, le téléphone retentit...
Avec ma spontanéité de petite fille j'ai bondi sur le téléphone, pensant qu'il pouvait s'agir d'une copine qui me proposerait un programme pour l'après-midi ; il n'en était rien...
 

Une voix masculine au ton grave souhaitait s'adresser à un adulte.
Il s'agissait du travail de Papa... de la CRS 19.
 

Ma curiosité et ma désinvolture de pré-adolescente me poussaient à insister pour ainsi en savoir davantage. Ma Grand mère était pourtant à côté :"si c'est le travail de Papa, je peux prendre le message" lui dis-je.

J'apprenais alors que Papa s'était fait "heurter" par un véhicule.
Je comprends aujourd'hui cet homme, ce collègue qui lui, savait ce qu'il se passait réellement mais qui faisait face à ma spontanéité et aussi à la rude tâche qui lui incombait... En ce qui me concerne, je compris que Papa devait avoir une jambe cassée, et lui passait finalement ma Grand-Mère.


Un véhicule de la Police Nationale vint nous chercher toutes deux à la maison afin de nous accompagner au Centre Hospitalier de La Rochelle où il avait été transporté...

L'attente fût longue dans ma tête avant de voir arriver ma Maman qui travaillait à une heure de là. Elle franchit les portes automatiques de ce grand hall d'accueil ; les yeux rouges et remplis de larmes, le visage marqué par la brutalité et douleur. Aujourd'hui je le comprends, mais à cette époque là et à ce moment précis je me disais " Pourquoi est elle aussi triste ? Il ne s'agit que d'un accident, il en a eu d'autre Papa des accidents ; il aura un plâtre ; nous n'irions peut-être pas à la pêche comme prévu le week-end suivant ; encore que... il était tellement fort Papa.

Le visage de ma grand-mère était livide. Ses traits se durcissaient les heures avançant. Elle tentait cependant de masquer ses émotions, comme pour me préserver.

Maman, quant à elle, rencontrait les médecins mais ne me dis rien sur le moment. Je comprends également aujourd'hui pour quelle raison : elle voulait tout simplement protèger son "bébé".

Papa resterait à l'hôpital pour la nuit, mais pas à La Rochelle ; à Poitiers. Je dormais avec ma Maman cette nuit là ; elle se blottissait tout contre moi et je pouvais sentir ses larmes chaudes sur moi. Elle passait la nuit entre le téléphone et moi pour me couvrir de bisous.

Le lendemain, le 20 Juin, elle me confiait à une copine et sa maman : "Chouette me disais-je ! Et après demain, pêche avec Papa !" Je dormais donc chez cette amie et réintégrais la maison le vendredi en fin de journée.

En franchissant le pas de la porte d'entrée le vendredi 21 Juin au soir, je vis des membres de la famille. Certains que je n'avais pas vus depuis très longtemps. Ils étaient vêtus de noir et les yeux rivés vers le sol quand je lançais naïvement "quand est-ce qu'il revient Papa ?"

C'est ma tante Babeth, la sœur de Papa, qui me prit la main et m'emmena dans la chambre qui jouxtait notre salon.

Elle me dit alors, les yeux larmoyant de tristesse et la voix tremblante de désespoir que mon Papa ne reviendrait pas... que c'était fini... Elle me prit dans ses bras et me serrait de toute ses forces pour tenter d'apaiser ma douleur que j'exprimais par des hurlements. Ils raisonnent encore dans ma tête.

Papa était parti ce jour là, en convoi exceptionnel avec son collègue de la CRS 19.
Ils partaient de La Rochelle en direction de Saint-Nazaire pour le convoi d'une pièce d'Airbus.
Leur mission consistait à réguler la circulation en mouvement et ainsi faciliter l'accès de cette gigantesque pièce et assurer la sécurité des usagers. C'est un camion qui croisait sa route qui l'emportait à tout jamais loin de nous sans que l'on puisse lui dire Adieu et surtout combien on l'aimait. Papa, était alors âgé de 45 ans.
Il s'était battu deux jours durant puisque son accident survenant le 19 Juin, il succombait à ses blessures le 21 Juin de cette maudite année 1996 ; le jour de l'été... Tout comme Coluche..."Putain d'camion"...

Jusqu'au bout il s'était battu, en vain. Il était comme ça Papa : un battant. C'était le plus fort. Un hommage officiel lui était rendu dans la cour de la CRS 19. Tous les effectifs étaient présents à cette cérémonie, en tenue. C'était impressionnant depuis mes yeux vieux de treize printemps. Tous ses collègues lui rendaient un dernier hommage.
J'assistais avec tous les membres de ma famille, à ce dernier au revoir, devant le cercueil de mon si gentil et si fort Papa, recouvert du drapeau Français... La musique retentissait dans la cour.
Ma famille, mais aussi ses collègues l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure.

Ce sont ses collègues et amis de la formation motocycliste qui le portèrent...
Je lisais leur tristesse mais aussi leur pudeur dans leur yeux alors qu'ils disaient au revoir à Lionel...
Je ne pus serrer une dernière fois mon Papa dans les bras et lui dire "je t'aime" tant il aurait été choquant que je le vois après son accident... appareillé.

C'est donc à treize ans que je compris l'importance de dire "je t'aime" aux gens de leur vivant. Depuis lors, j'essaie tant bien que mal de suivre les traces de mon papa et "avec mes petits bras" comme il le disait si souvent, de reprendre le flambeau.

Après s'être engagé dans l'armée en tant que Parachutiste, et dans ce contexte, il partait en campagne au Tchad. A son retour, il s'engageait dans la Police Nationale et rejoint rapidement la section motocycliste, comme il en avait toujours rêvé.
Après 22 ans de service en région parisienne, notamment en BSN ancêtre de la BAC Départementale, il pensait enfin pouvoir aspirer à un peu plus de quiétude en regagnant sa région natale, La Charente Maritime.

Du haut de mes treize ans, je ne le connu qu'en tant que "papa poule" me préservant de tout, car oui, "il ne fallait pas me toucher" me confiait ma mère par la suite.
Il était comme ça Papa, protecteur... Ma famille, ses amis et collègues me le décrivait par la suite comme quelqu'un de farceur, toujours le sourire aux lèvres, d'assez "gonflé" et aussi très courageux. Il luttait contre le crime et le délit avec conviction et ne reculait devant rien : "un sacré tempérament".


La veille du drame, nous nous étions promenés avec ma grand mère sur le port de La Rochelle. J'avais pu y voir un père heureux, en pleine discussion avec des marins-pécheurs russes. Ils communiquaient avec les mains et un franco-russe improvisé !!

La passion de Papa, outre la moto, était la pêche. Il avait acquis une coque de bateau dégradée durant une tempête. L'avant de ce bateau était donc cassé, je me souviens qu'il voulait nommer ce bateau "nez en moins" ! Il s'était affairé une année durant à réparer ce bateau à la résine sur ses jours de repos. Ce fameux mardi, veille de l'accident, il venait de recevoir le moteur qu'il avait acheté. Nous devions mettre le bateau à l'eau le week-end suivant, mais le destin en a décider autrement...


Je suis aujourd'hui âgée de trente ans, titulaire du permis moto, parachutiste et surtout Policier : Gardien de la Paix... Quelle jolie appellation....

Chaque jour que Dieu fait Papa, je tâche de te rendre hommage à ma façon ; le plus dignement possible car tu es difficilement égalable. Tu étais un Papa extraordinaire. Ta gentillesse et ta bienveillance de Papa m'ont rudement manqué tout au long de ces années...pour tout te dire, c'est toujours le cas.
Tu peux être très très fier de Maman. Elle a assuré comme un chef "et c'est chiant les chefs" (rires) ; je me souviens t'avoir entendu dire ça sur le ton de la rigolade !

Sache bien une chose, j'ai toujours été très bien entourée par notre famille et par ta seconde famille qui est aussi devenue la mienne. Comment aurait-il pu en être autrement en passant mes après-midi à la base de loisir de Cergy avec les CRS à moto ou encore au commissariat ?
Je te remercie de l'éducation que tu m'as donnée, des valeurs que tu m'as transmises, de ce que tu étais et aussi de ce que tu n'étais pas.
Je suis fière de toi Papa. Le sang qui coule dans mes veines est le tien et je tâcherai, jusqu'à mon dernier souffle d'en être digne.
Ta fille Carole.
1996 - Lionel Puiravaud, motard de la CRS 19, escorte un convoi exceptionnel
lorsqu'il est victime d'un accident mortel de la circulation.

René CANTO

1996 - Le capitaine de police René Canto est abattu par deux malfaiteurs fichés au grand banditisme corse au cours d'une filature dans les hauteurs d'Ajaccio.


Originaire de Béziers (Hérault), il était âgé de trente-cinq ans. Surnommé le "chevalier blanc", il est décrit par ses proches et collègues comme un formidable amuseur, plein d'énergie et enthousiaste. Après treize ans de services civils et militaires, il se révélait également un excellent chef d'équipe.

Marié et père de deux enfants, René Canto est nommé Commissaire de Police et élevé au rang de chevalier de la légion d'honneur à titre posthume. 

Cité à l'ordre de la nation, il repose désormais au cimetière de Béziers.
En Mars 1996, un détachement d'une quinzaine de policiers de l'unité d'élite RAID (Recherche, assistance, intervention et dissuasion) travaille en appui de la police judiciaire à la surveillance des mouvances nationalistes corses, alors en proie à des luttes intestines. Près de quarante individus ont effectivement trouvé la mort dans une série de règlements de comptes à l'arme de guerre entre insulaires.

A Cuncolta Naziunalista (ACN), mouvement né en 1987 regroupant l'essentiel des nationalistes corses, sert alors de représentant politique légal du FLNC, interdit en 1983. Mais en 1989 une première scission donne naissance à Accolta Naziunali Corsa (ANC) et en 1990, une nouvelle rupture interne crée le Mouvement pour l'autodétermination (MPA).

Mardi 16 Avril 1996. Neuf policiers en civils, circulant à bord de trois véhicules banalisés, procèdent à la filature d'un véhicule Toyota sur le Chemin de Loretto dans les hauteurs d'Ajaccio (Corse-du-sud). La Toyota est montée par deux activistes fichés au canal historique du FLNC : Jean-Luc Orsoni, vingt-huit ans, et Charles Santoni, trente-trois ans.

Les policiers agissent sur commission rogatoire dans le cadre d'une tentative d'assassinat commis le 8 Mars 1996 contre Yves Manunta, militant nationaliste de l'ANC. Charles Santoni serait impliqué. Ordre est donné aux policiers de procéder à l'interpellation des deux individus, mais ces derniers les repèrent. Dans une courbe, les deux malfaiteurs porteurs de gilets par balle et lourdement armés stoppent leur véhicule et choisissent d'attendre leurs poursuivants. Il est 19h15.

Une fusillade très violente éclate. Dans la Renault Clio banalisée, le Capitaine de police René Canto, en position de chef de bord, est atteint mortellement par trois projectiles. A ses côtés, le gardien de la paix Louis Garcia est grièvement atteint au ventre. Le brigadier-chef Paul-André Courtine s'extirpe de l'arrière du véhicule de police et abat Jean-Luc Orsoni tandis que Charles Santoni est blessé et neutralisé. Trente huit coups de feu ont été tirés en quelques instants.

Jeudi 18 Avril 1996. Une cérémonie est organisée autour du corps du Capitaine René Canto à l'aéroport de Campo Dell'Oro en présence de nombreux officiels et de ses proches collègues.

Le RAID est remplacé sur le terrain par des policiers de l'Office central de répression du banditisme et l'enquête confiée à la Police judiciaire d'Ajaccio ainsi qu'à la 14ème section anti-terroriste du parquet de Paris.

Jeudi 25 Novembre 1999. La cour d'assises spéciale de Paris condamne Charles Santoni a vingt-huit ans de réclusion criminelle. Ce dernier a toujours laissé entendre lors du procès qu'il s'agissait d'une méprise et que les policiers ont été confondus avec des rivaux du MPA. Reste qu'il a bien tiré de façon préméditée pour tuer.

Sources et références :
Journal officiel n°116 du 19 mai 1996 page 7566, "Citation à l'ordre de la nation"
Journal officiel n°138 du 15 juin 1996 page 8913 , "Ordre de la légion d'honneur, décret portant nomination"
Le Monde, article de Acacio Pereira du 29/11/1999, "Le procès du nationaliste corse Charles Santoni [...]"
Libération du 13/02/1998 , "Mon fils, le capitaine René Canto, policier du RAID [...]"
Libération du 23/11/1999 , "En 1996, un policier du Raid était tué à Ajaccio. Santoni, un Corse au box"
Libération du 26/11/1999 , "Meurtrier d'un policier, Santoni condamné à 28 ans [...]"
"Le jour où j'ai tué HB" - Daniel Boulanger, de l'Académie Goncourt éd.2007

Jean-Baptiste BIOGET

Mercredi 24 Janvier 1996. Le commissaire principal Jean-Baptiste Bioget, détaché au service de coopération technique internationale de police à Abidjan (Côte d'Ivoire), est tué au cours d'une opération de police.

Note : Je recherche d'avantage d'informations sur ce drame, si vous êtes un proche de la victime ou si vous avez des éléments susceptibles d'améliorer le contenu de cette page, merci de me contacter.

Sources :
JORF n°27 du 1 février 1996 page 1599, "Citation à l'ordre de la nation"

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