Thierry MAYMARD, Laurent GERARD & Guy JACOB

1994 - Trois gardiens de la paix sont abattus par deux malfaiteurs auteurs d'un vol à main armée dans l'une des fourrières de la préfecture de police.
Mardi 4 Octobre 1994. Les gardiens de la paix David Tairon et François Restoul sont de permanence à la pré-fourrière de Pantin, sise au 15 rue de la Marseillaise dans le 19ème arrondissement de Paris, en bordure de périphérique. Il est 21h25, la nuit est tombée et le bruit du portail d’entrée qui claque les extirpe de leur routine.

Deux individus cagoulés viennent d’escalader le grillage de l’enceinte, côté périphérique : ils sont armés et déterminés. Les policiers sont tenus en respect au moyen de fusils à canon scié et les malfaiteurs saisissent leurs armes, récupèrent les cartouches de réserve puis neutralisent le téléphone.

Le sinistre duo a prévu de s'enfuir tranquillement en RER et retourner dans une villa abandonnée qu'ils squattent à Nanterre (Hauts-de-Seine). Mais ils n'y remettront jamais les pieds. Une particularité administrative va renverser le cours de cette dramatique journée : les policiers n’ont pas de menottes alors que les apprentis braqueurs comptaient sur ce point pour quitter les lieux en douceur.

Après un bref moment d’hésitation, c’est la panique. Les malfrats aspergent les policiers de gaz lacrymogènes et prennent la fuite. Lorsque le gardien de la paix Restoul parvient à sortir, il aperçoit un troisième individu qui faisait le guet s'éclipser au même moment.

Les deux malfaiteurs abandonnent leurs cagoules : il s'agit d'un couple aux idées révolutionnaires anarchistes qui cherche à obtenir des armes pour commettre des braquages et subvenir ainsi à leur existence anticonformiste : Florence Rey, dix-neuf ans, et Audry Maupin, vingt-deux ans.


Affolé, le couple n’emprunte donc pas le métro comme prévu et braque un taxi parisien qui se trouve à l’arrêt en bordure de périphérique. A bord de la Peugeot 405 break se trouve Ahmadou Diallo, quarante-neuf ans.

Il transporte un client, le Dr Georges Monnier, quarante-deux ans qui tente vainement de les raisonner. Froidement menacés, les occupants n’ont d'autre choix que suivre les instructions du tandem Rey-Maupin, particulièrement excités et virulents.

A l'intersection du Boulevard de Charonne et du Cours de Vincennes, près de la Place de la Nation, Ahmadou Diallo aperçoit une Renault 19 sérigraphiée de la Préfecture de police. Il accélère à la surprise générale et provoque délibérément un accident avec les policiers. Il est 21h40.

Dans la R19, trois gardiens de la paix affectés à la brigade de roulement du 11ème arrondissement de Paris dont le quotidien sont les infractions au code de la route et la circulation parisienne, pensent à un rude mais banal accrochage : deux d'entre eux sortent du véhicule sans précaution particulière. Dans le même temps, le chauffeur du taxi s’extirpe de sa 405 pour prévenir les policiers, mais il n’en a pas le temps : il est immédiatement abattu par Audry Maupin qui tire avec le revolver volé au gardien Restoul.

Le gardien de la paix Thierry Maymard est aussitôt pointé avec la même arme ; il a le réflexe de mettre son bras en opposition, puis, il est atteint à la poitrine à très courte distance. Le gardien de la paix Laurent Gérard qui se trouve à ses côtés, est frappé par deux projectiles dans le dos alors qu'il tente de se mettre à couvert. Ils ne se relèveront pas.

Florence Rey fait feu et recharge méthodiquement, froidement. Le gardien de la paix Régis Decarraux, trente-trois ans, est blessé à l’abdomen, mais avant d’agoniser à son tour, il riposte de quatre tirs et parvient à blesser légèrement Audry Maupin à la jambe.
 
Le gardien de la paix Thierry Maymard, trente ans, est entré dans la police en 1986. Père de deux enfants âgés de 3 et 5 ans : Christophe et Ludivine, il était marié à Nicole, elle aussi gardienne de la paix.
Originaire des Côtes d'Armor, le gardien de la paix Laurent Gérard, 26 ans, est entré dans la police en 1992. Il vivait en couple avec Sabine, élève infirmière.
Originaire du Jura, le gardien de la paix Guy Jacob, 37 ans, père de deux enfants, est entré dans la police en 1983. Il était marié à Brigitte elle aussi gardienne de la paix.
Autour, c'est la panique, le policier hurle aux passants de se coucher à terre mais la scène leur semble surréaliste. La cliente d'un restaurant, Emmanuelle Veron, vingt ans, élève infirmière, est atteinte par un projectile. Un passant, Alain Roussel, quarante-trois ans, voit une balle lui érafler le cuir chevelu alors qu'il tente de porter secours au policier blessé.

Maupin récupère l’arme du gardien de la paix Maymard et abandonne son fusil. Le couple s’empare d’une Renault 5 à l’arrêt dont il en extirpe le passager, David Kakon, et ordonne au chauffeur terrifié, Jacky Bensimon, de les aider à s'enfuir.
 
La voiture prend la direction du Bois de Vincennes. Tous les effectifs de la police parisienne sont alertés. Des motards de la police nationale repèrent la R5 à hauteur de l’hippodrome. Florence Rey les remarquent, et prend appui à l’arrière du véhicule. Elle tire à plusieurs reprises en direction des policiers.

Le gardien de la paix Jean-Luc Poulouin, motard de la préfecture de police qui tenait la distance, reçoit une balle dans la mentonnière de son casque et n’est que légèrement blessé, miraculeusement. La R5 s’engage Avenue de Gravelle dans le Bois de Vincennes, où un barrage de police empêche le véhicule d’aller plus loin.

Le conducteur s’extirpe du véhicule en hurlant qu'il n'est qu'un otage mais il se retrouve déjà au coeur d'une fusillade très nourrie. Le gardien de la paix Guy Jacob, trente-sept ans, de la compagnie motocycliste du Val de Marne, est mortellement atteint par un projectile tiré avec l'arme volée au gardien Maymard. La même arme blesse grièvement à la tête le gardien de la paix Sébastien Bloudeau, vingt-quatre ans, de la circonscription d'Alfortville.

Au terme de cette fusillade Audry Maupin est blessé mortellement par un projectile qui l'atteint en pleine tête. Florence Rey est maitrisée, le braquage de la pré fourrière de Pantin prend fin définitivement.



Le juge d'instruction Hervé Stéphan confie l'enquête à la brigade criminelle de la préfecture de police qui aboutit à plusieurs interpellations dans la "mouvance autonome" et dans le "milieu des squats". Des textes anarchistes sur une mystérieuse "Organisation de la propagande révolutionnaire" sont effectivement saisis au domicile de Florence Rey, à Argenteuil (Val d'Oise). C'est d'ailleurs autour de ces lectures anticonformistes que Florence Rey et Audry Maupin se construisent un "idéal de vie libertaire" dans une maison squattée au 1 rue Becquet à Nanterre (Hauts-de-Seine). Fréquentant de façon assidue la mouvance autonome, le couple s'est détourné de tout ce qui représente "le système" et envisage d'effectuer des  braquages pour subvenir à leurs besoins.

Les enquêteurs s'intéressent à la provenance des armes ayant servies dans les fusillades. Le premier fusil à pompe a été acheté 1700 francs le 5 Juillet 1994 à La Samaritaine par un individu qui a présenté sa propre carte d'identité lors de l'achat : Abdelhamid Dekhar, lequel fait partie de l'environnement d'Audry Maupin. Le deuxième fusil à pompe de marque Mossberg a été acheté 2370 francs le 30 Septembre 1994 dans le même magasin par Florence Rey, avec un passeport appartenant à Emmanuelle Coupart.

Cette dernière partage avec son petit ami Maxime Aubin le domicile d'un couple : Stéphane Violet et Cécile Debrenne. Deux jours après la fusillade, l'enquête démontre que Dekhar a poussé le couple Violet-Debrenne à quitter la France pour le Portugal parce qu'ils ont fréquenté et hébergé le couple meurtrier. Interpellé sur la base de l'achat de l'une des armes, Dekhar déclare avoir acheté le fusil pour le compte de Philippe Lemoual lequel fréquente aussi le milieu autonome et a déjà passé cinq ans en prison pour vols à main armée. Les enquêteurs retrouvent au domicile de Lemoual, à Suresnes (Hauts-de-Seine), un autre fusil à pompe et des documents à tendance révolutionnaire, et plus particulièrement un film amateur réalisé par Stéphane Violet dans lequel il est question d'une prise d'otages et d'un gardien de la paix abattu avec sa propre arme de service. Dekhar désigne Violet comme l'hypothétique troisième homme aperçu à la pré-fourrière le soir du braquage et recéleur de l'une des armes volées aux gardiens de la paix, or ce dernier est en fuite et ne répond pas aux convocations.

L'enquête rebondit le 19 Janvier 1996. Stéphane Violet se présente au juge d'instruction Hervé Stéphan. Inculpé avec Cécile Debrenne pour "complicité de vol à main armée et association de malfaiteurs", il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Apprenant l'inculpation du couple, Florence Rey qui s'était murée dans le silence depuis son arrestation, se met à parler et désigne formellement Abdelhamid Dekhar comme étant le troisième homme le soir du braquage. En outre, le signalement remis par le gardien de la paix Restoul et un automobiliste témoins de la scène correspond tout à fait à Dekhar. Il est mis en examen non plus pour complicité mais pour "vol à main armée et association de malfaiteurs".


Le procès a lieu à la cour d'assises de Paris du 17 au 30 Septembre 1998.


Florence Rey, vingt-trois ans, est condamnée à 20 ans de réclusion criminelle sans période de sûreté pour « vols à main armée, meurtres et tentatives de meurtres commis sur des personnes dépositaires de l'autorité publique dans l'exercice de leurs fonctions ayant précédé, accompagné ou suivi d'autres crimes, enlèvements et séquestrations de personnes comme otages pour favoriser la fuite des auteurs d'un crime, participation à une association de malfaiteurs ». Elle est cependant libérée le 2 mai 2009, bénéficiant des remises de peine que tous les détenus reçoivent automatiquement pour bonne conduite et pour efforts de réinsertion. Elle est alors âgée de trente-quatre ans, soit l’âge moyen de ses victimes.

Abdelhakim Dekhar est condamné à 4 ans de prison pour la seule association de malfaiteur. Se désignant victime d'un complot de la mouvance autonome, il s'est défini comme un membre du service de sécurité algérien chargé d'infiltrer les milieux islamistes et autonomes, ce qui n'a jamais été prouvé. Hors, il se trouvait incarcéré depuis Novembre 1994 et devait rapidement être libéré. Les expertises psychologiques ont établi sa nature mythomane.

Philippe Lemoual est disculpé, après avoir effectué cinq mois de détention provisoire, tout comme Maxime Aubin, Emmanuelle Coupart, Stéphane Violet et Cécile Debrenne.

Pour les familles des victimes, la clémence du verdict reste incompréhensible.


Sources et références:

JORF n°232 du 6 octobre 1994 page 14154, "Citations à l'ordre de la nation"
Libération du 22/05/1996, "Rey-Maupin: l'inconnu de la fourrière"
L'Express du 10/09/1998, "Le cas Florence Rey"
Le Parisien du 17/09/1998, "Cinq morts en vingt-cinq minutes"
Libération du 23/09/1998, "J'ai tiré pour protéger Audry" 
Libération du 23/09/1998, "Si elle a raté sa cible, c'est qu'elle était maladroite"
Le Parisien du 30/09/1998, "Vingt ans de réclusion pour Florence Rey"
Le Journal du Dimanche du 25/06/2009, "Florence Rey libérée"

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