Marcel BASDEVANT

1986 - L'inspecteur Marcel Basdevant est assassiné dans un attentat fomenté par l'organisation terroriste Action Directe.
En 1986, l'Affiche Rouge, branche lyonnaise de l'organisation terroriste Action Directe (AD), est démantelée. Isolé et recherché pour son appartenance à AD, Maxime Frérot, ancien expert artificier formé au régiment de parachutistes de Bayonne, espère peut-être s'offrir un nouvelle réputation en commanditant un attentat.

Dans la nuit du 4 Juillet 1986, Rue Mogador à Paris, un gardien de la paix de la CRS N°54 abat un jeune conducteur qui refusait de s'arrêter : Loïc Lefèbvre. L'affaire a un fort retentissement dans les médias, prétexte qui va servir à Frérot pour préparer un attentat contre la Police. Il vise grand, il veut poser une bombe dans la cour d'honneur de la préfecture.

Frérot réactive un complice avec qui il a commis de nombreux braquages pour le compte d'AD jusqu'en 1984 : Gilbert Vecchi. Cet ouvrier couvreur lui indique une alternative possible : il a travaillé sur le chantier des futurs locaux de la brigade de répression du banditisme, désormais installée depuis quelques mois Quai de Gesvres dans le 4ème arrondissement de Paris. Il esquisse à Frérot un plan détaillé des lieux.



Mercredi 9 Juillet 1986. Frérot transporte une dizaine de kilos d'explosifs de sa confection dans les toilettes du 4ème étage de la brigade où l'entrée n'est pas encore étroitement surveillée. A 16h56, l'explosion souffle plusieurs étages et blesse des dizaines de personnes, majoritairement des policiers. L'inspecteur divisionnaire Marcel Basdevant, cinquante-deux ans, meurt écrasé sous une dalle de béton séparant le 4ème du 5ème étage ; les inspecteurs Paul Orsini, trente-cinq ans et Armel Legras, trente-trois ans, en sortent gravement mutilés.

Vendredi 11 Juillet 1986. L'attentat est revendiqué par Action Directe. Une lettre et des appels téléphoniques reçus au quotidien "Le Monde" sont authentifiés. Le communiqué est signé "commando Loïc Lefèbvre".


Communiqué sur la revendication de l'attentat


Décembre 1986. Christian Dubray et son cousin Gilbert Vecchi sont arrêtés au terme d'un braquage à Fresnes. Espérant minimiser sa peine, ce dernier remet des aveux circonstanciés aux enquêteurs et désigne Maxime Frérot comme l'auteur de l'attentat du Quai de Gesvres. Fiché depuis 1979 au "catalogue d'AD", il devient l'ennemi public numéro 1, et son portrait passe à la télévision et s'affiche dans tous les commissariats de France.

28 Novembre 1987. En cavale, inlassablement traqué, Maxime Frérot revient à Lyon où il pense se faire oublier dans des squats. Il est néanmoins interpellé par des policiers courageux alors qu'il circule dans les sous sols de l’hôtel Mercure, près de la gare de la Part-Dieu.


Témoignage en images du policier interpellateur, le gardien de la paix Marc Baquéro.
Il faut porter la vidéo à 19mn 30.
(ce policier est décédé en mai 2012)

EPILOGUE

Maxime Frérot est condamné (une première fois) en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité pour une série d'attentats et de hold-up, qui avaient ensanglanté Lyon et Paris dans les années 1980, et notamment les meurtres du brigadier Guy Hubert en 1981 et du Général de Gendarmerie Guy Delfosse en 1984.

La cour d'assises spéciale de Paris le condamne une seconde fois en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'attentat contre les locaux de la brigade de répression du banditisme. Peine assortie d'une mesure de sûreté de 18 ans. La cour ayant tenu compte de ses aveux, Gilbert Vecchi est condamné à une peine de dix ans d'emprisonnement.

Bien plus tard, en 2002, sur la base d'une information d'un indicateur des renseignements généraux, 230 kilos d'explosifs, d'armes et d'engins de guerre sont retrouvés dans les sous-sols du 72 Rue Vauban, box 110, dans le 6ème arrondissement de Lyon, et au 7-9 Rue Elie Rochette  dans le 7ème arrondissement. La fin d'une incroyable association.

2 Juillet 2010. Maxime Frérot retrouve la liberté après 23 ans passés en détention. Il quitte le centre de semi-liberté de Nîmes (Gard) à l'âge de 53 ans. Soit l'âge de sa dernière victime.
1986 - L'inspecteur divisionnaire Marcel Basdevant est victime d'un attentat fomenté par un membre d'Action Directe. Il était l'un des membres les plus respectés de la brigade de répression du banditisme.

Né à Paris en Mai 1934, Marcel Basdevant n'a que six ans lorsqu'il devient orphelin de sa mère ; il passe son enfance à Planchez-en-Morvan (Nièvre) élevé par ses grands-parents. Jeune adolescent, il rejoint son père, employé à la Ville de Paris où il obtient son brevet élémentaire

Au début des années cinquante, alors âgé de dix-neuf ans, il entame une carrière chez les sapeurs-pompiers. Il obtient par la suite un poste de télégraphiste, détaché à la Préfecture de police de Paris. Un choix qui sera déterminant dans son orientation professionnelle : il devient gardien de la paix en 1962.

Travailleur, consciencieux et déterminé, il réussit son examen d'inspecteur de police dès 1964 et intègre les prestigieux locaux du Quai des Orfèvres.

Pendant de nombreuses années, il traque le grand banditisme de jour comme de nuit. Il est décrit par ses collègues comme un policier d'une grande valeur, respecté de tous, même des truands. Les journalistes avaient coeur à suivre ses enquêtes.

Le célèbre Commissaire Robert Broussard, qui était l'un de ses collaborateurs directs évoquait un technicien hors-pair, un vrai chasseur, l'un des inspecteurs les plus compétents qu'il ait jamais rencontré. A la brigade de répression du banditisme, il avait formé nombre de jeunes policiers et de chefs de groupe.

Marié à Adrienne, il était père de deux enfants : Sandrine et Bernard. Bon père et bon époux il s'était attiré la sympathie de toute la communauté de Planchez où il revenait très régulièrement. Ses enfants ont suivi son exemple et ont embrassé une carrière dans la police. Bernard Basdevant, décédé en 2011, s'était distingué en mettant fin aux agissements du tueur en série Guy Georges en procédant en 1998 à son arrestation à la station de métro Blanche à Paris.

Au terme d'une carrière aussi respectable que périlleuse, Marcel Basdevant est mort assassiné dans son bureau, trois ans avant sa retraite... Il rêvait simplement de revenir à Planchez pour cultiver la terre à plein temps avec son épouse.


Sources et références :
Entretien avec Françoise Bernard, cousine de Marcel Basdevant
La longue traque d'Action Directe par Roland Jacquard (éd. Albin Michel 1987)
Le Nouvel Obs 1198 du 23/10/1987
Le Progrès du 29/03/2011 "Le gardien de la paix Marc Baquéro avait arrêté Max Frérot à Lyon. Il raconte"
Le Parisien du 22/09/2002 "Deux immeubles de Lyon vivaient sur une poudrière"

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