Bernard MAURON & Bernard LE DREAU

Samedi 21 Août 1982. Aux environs de midi, Roderick Grant, conseiller commercial de l’ambassade des États-Unis, quitte son domicile de l'Avenue de la Bourdonnais dans le 7ème arrondissement de Paris. Il monte dans son véhicule diplomatique stationné face au 50 de la même rue et vaque à ses occupations professionnelles. Il ne sait pas qu'il vient d'échapper à une mort certaine.

Pendant sa manœuvre pour quitter le stationnement, un engin explosif destiné à le tuer s'est détaché du châssis et s'est échoué sur la chaussée. En proie à une vague d'attentats liés à l'instabilité au Proche-Orient, la population parisienne se montre très vigilante : une passante remarque l'objet et le signale aussitôt aux services de police.

Un car de police-secours est dépêché sur les lieux et le brigadier en charge de l'équipage se rend près de l'objet pour le jauger. Il déclenche aussitôt une procédure renforcée et fait évacuer la voie de ses piétons et usagers de la route. En agissant de la sorte, l'équipage sauve de nombreuses vies humaines. Un périmètre de sécurité étanche est mis en place dans l'attente qu'une équipe de déminage vienne neutraliser l'explosif.
Quelques instants plus tard, deux techniciens du service des explosifs au laboratoire central de la préfecture de police arrivent sur les lieux. Après un premier passage, ils se portent à pieds vers l'engin, bien conscients du danger réel et mortel qu'il représente. Alors qu'ils se trouvent tous deux à proximité immédiate, le colis explose.

L'artificier Bernard Le Dréau, quarante-six ans, est tué sur le coup. Atrocement mutilé, l'ingénieur Bernard Mauron, trente-sept ans, est transporté inconscient à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière dans un état désespéré.
Bernard Le Dréau

Bernard Mauron

L'après-midi même, l'attentat dans un premier temps revendiqué par Action Directe, est signé par les Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL) qui bénéficient effectivement de leur soutien logistique. Les FARL forment une organisation terroriste pro-palestinienne créée en 1979 dénonçant les incursions de l'armée israélienne dans le sud Liban avec le soutien supposée de l'administration américaine. Bénéficiant du soutien du parti nationaliste syrien et militant pour la création d'un état palestinien, l'organisation terroriste est à l'origine de plusieurs assassinats et tentatives d'assassinats de diplomates américains à travers le monde, et plus particulièrement à Paris.

Lundi 23 Août 1982. Une information judiciaire est ouverte contre X pour "destruction par explosifs de biens mobiliers et immobiliers ayant entraîné la mort et des infirmités permanentes, homicide volontaire et tentative d'homicide volontaire", a été confiée à Mlle Martine Anzani, le juge d'instruction chargé des dossiers de deux des trois attentats déjà revendiqués par les Fractions années révolutionnaires libanaises contre deux diplomates américains, M. Christian Chapman et le lieutenant-colonel Charles R. Ray et un diplomate israélien, M. Yacoov Barsimantov.

Lundi 6 Septembre 1982. Bernard Mauron meurt à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière. Originaire d'Angoulême (Charente), il était marié à Victoria et père d'une petite fille.

Le service des explosifs a été créé en 1893, à une époque où les anarchistes commettaient de nombreux attentats à la bombe dans Paris. L'année précédente, Ravachol avait été exécuté, et plusieurs explosions avaient causé la mort de sept personnes. Situé 39 bis, rue de Dantzig dans le 15ème arrondissement de Paris, le laboratoire central de la préfecture de police regroupe des personnels de police volontaires - agents, ingénieurs ou techniciens - qui assurent une permanence de vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils ont à leur disposition un matériel sophistiqué. Outre une fourgonnette équipée d'une table à rayons X, ils peuvent utiliser une chenillette robotisée qui permet de manipuler et de faire exploser à distance les engins. Cette dernière, malheureusement, n'a pas été mise en œuvre pour le désamorçage du colis piégé de l'avenue de La Bourdonnais.

Mardi 12 Octobre 1982. Frederic Oriach, vingt-huit ans, militant marxiste-léniniste soupçonné d'appartenir à Action Directe est interpellé dans la gare du Nord à Paris, d'où il retire deux sacs d'une consigne automatique. Les policiers y saisissent de manière incidente des documents évoquant des objectifs d'attentats antisionistes et antimpérialistes, et des textes manuscrits autocritiques d'attentats déjà perpétrés à Paris au cours de l'année, et notamment l'attentat de l'Avenue de la Bourdonnais. Niant catégoriquement sa participation directe, il saluait néanmoins la réalisation de cet attentat. Il est condamné à 5 ans de prison en appel pour "association de malfaiteurs" en novembre 1983, puis libéré le 11 Avril 1986.

Mercredi 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah, un chrétien libanais marxiste léniniste est arrêté à Lyon par la Direction de la surveillance du territoire. La perquisition menée dans l'un de ses appartements, 18 rue Auguste Lacroix dans le 3ème arrondissement, amène à la découverte d'éléments déterminants (faux papiers, documents et textes manuscrits, et une arme utilisée dans deux assassinats de diplomates) prouvant sa complicité dans la réalisation des attentats, assassinats et tentatives d'assassinats perpétrés en France pour le compte des Fractions armées révolutionnaires libanaises. En mars 1987, il est condamné à la prison à perpétuité.


Sources et références :
Journal officiel du 25/08/1982, page 2642, "Citation à l'ordre de la nation"
Journal officiel du 08/09/1982, page 2734, "Citation à l'ordre de la nation"
Archive Le Monde du 07/09/1982, "La mort du deuxième artificier de l'avenue de la Bourdonnais"
Archive Le Monde du 24/08/1982, "Une cible américaine, une main invisible"
Archive Le Monde du 24/08/1982, "Depuis Ravachol"
Archive Le Monde du 15/10/1982
Archive Le Monde du 03/03/1987
Journaux télévisés du 21 et 22 Août 1982 (archives)
Encyclopédie du terrorisme international, éd L'Harmattan
Entretien avec Gilles Hebbrecht, ami de l'une des victimes

Eric ESCANDE

1982 - L'inspecteur Eric Escande est
abattu par un forcené retranché dans
son domicile au terme d'un violent
différend familial.

Page réalisée avec l'aimable
autorisation de son épouse Sylvie.
Jeudi 19 Août 1982. Serge Martin, quarante-deux ans, vient de se voir refuser un poste de soudeur. Il se rend au domicile de sa belle-soeur : Mauricette Fremont, domiciliée dans le lotissement HLM des "Rouges-Gorges", commune de Bernay (Eure).

Défavorablement connu des services de police et redouté par le voisinage pour ses humeurs imprévisibles, il absorbe plusieurs litres de vin pour achever cette journée.

Lorsqu'une dispute éclate dans l'appartement, il saisit un fusil de chasse et tire plusieurs coups de feu au hasard dans sa rue. Les riverains affolés font aussitôt appel à police-secours et un équipage arrive sur place aux environs de 20h.

Les policiers ne savent pas que le forcené a remarqué leur arrivée. Alors que sa belle soeur va à leur rencontre, Martin menace clairement que si l'un d'eux entre, il va tirer. Mme Fremont ne mettra pas en garde les trois policiers qui se présentent.

Lorsque ceux-ci entrent dans le couloir de l'appartement, ils sont aussitôt accueillis par deux tirs de fusil de chasse. L'un blesse grièvement le gardien de la paix Fernand Thibaut, l'autre frappe mortellement à bout portant un jeune inspecteur de police : Eric Escande, vingt-six ans, marié et père de deux enfants. Resté en retrait, l'inspecteur principal Jean-Paul Bouffelière parvient à neutraliser le forcené alors qu'il tente de recharger son fusil.

23 Février 1984. La cour d'assises de l'Eure condamne à 20 ans de réclusion criminelle Serge Martin bien qu'aucune circonstance atténuante ne lui soit accordée et que la réclusion criminelle à perpétuité ait été requise. Inculpée pour non assistance à personne en danger, Mauricette Fremont est finalement acquittée.

1er Septembre 2003. Le commissariat de Bernay ferme définitivement ses portes dans le cadre d'une politique de redéploiement des forces de police.

16 Octobre 2004. La ville de Bernay inaugurait en présence de la famille du défunt la "Place Eric Escande", à proximité de l'ancien commissariat. Tous les ans, la plaque commémorative de ce policier victime du devoir est fleurie par ses anciens collègues.


Sources :
Entretien avec Sylvie et Mathieu Escande
Journal officiel du 21/08/1982, page 2626, "Citation à l'ordre de la nation"
Archive Le Monde du 21/08/1982, "Un policier tué par un repris de justice"

Mentions légales

Toutes les informations et photographies contenues dans les récits qui suivent ont été obtenues à partir de recoupement d'articles de presse archivés et/ou numérisés dans les moteurs de recherches, et/ou à partir des nombreuses correspondances avec les proches des victimes. Les sources sont citées mais il faut rester prudent sur leur fiabilité.

Les propos injurieux, haineux, indécents et globalement hors sujet ne seront pas acceptés. Il s'agit avant toute chose de rendre hommage à ces personnes.

Tous droits réservés.