Guy HUBERT

Crédit photo : Société lyonnaise de l'histoire de la police
1981 - Le brigadier de police Guy Hubert est abattu lors d'un vol à main armée fomenté par les terroristes de l'Action Directe.

Originaire de la Meuse, Guy Hubert, quarante-six ans, était marié à Nelly et père de deux enfants.

Libéré de ses obligations militaires en 1957, il décide de rejoindre la police nationale. Admis au concours de gardien de la paix, et après la formation initiale au Centre d'instruction et d'application de la sûreté nationale de Sens, en juillet 1957, il est affecté en CRS. En 1967, il est muté au Corps urbain de Lyon, et promu Brigadier de police en 1972. Il est affecté à la 3ème compagnie territoriale, successivement à la caserne de police Molière (3ème) puis à l’hôtel de police de Berjon (9ème).

Guy Hubert est nommé Officier de paix à titre posthume, il reçoit la médaille d'honneur de la police nationale, la médaille d'or pour actes de courage et de dévouement, ainsi que la médaille commémorative des opérations de sécurité et du maintien de l'ordre en Afrique du nord, agrafe Maroc et Algérie. (une biographie complète est disponible sur le site de la société lyonnaise d'histoire de la police, voir mentions en bas de page)
Mardi 3 Novembre 1981. Une alarme télématique silencieuse signale à 11h56 un hold-up en cours dans une agence de la "Société Lyonnaise de Banque" sise 29 Boulevard Anatole France dans le 6ème arrondissement de Lyon.

Quatre sinistres individus armés et déterminés s'en prennent très violemment au directeur et lui extorquent 42.000 francs.

Montés à bord d'une Renault 12 noire, trois policiers de la 3ème Compagnie Territoriale, indicatif Calmar 121, se trouvent à quelques rues seulement lorsqu'ils reçoivent l'appel radio. L'équipage est composé du brigadier Guy Hubert, chef de bord, et des gardiens de la paix Gaston Lamm, conducteur et Lionel Merle, équipier. Ils empruntent à contre sens le Boulevard Anatole France depuis le parc de la tête d'or pour rejoindre plus vite la banque.

Dès leur arrivée, ils constatent que les malfaiteurs sortent de l'établissement et retiennent une femme en otage pour couvrir leur fuite. Le brigadier Guy Hubert ouvre sa portière, mais il reçoit dans le même temps une rafale de pistolet mitrailleur. Atteint mortellement au cou, il s'écroule aussitôt. L'otage qui sert d'écran humain empêche les intervenants de riposter.

Un second équipage de police intervient à l'angle de la Rue Sully ; il est à son tour sous le feu des braqueurs, et le gardien Régis Dardillac, vingt-huit ans, est grièvement blessé. Les malfaiteurs emportent leur otage dans un véhicule volé sous la menace de leurs armes. Ils prennent la fuite en direction de Villeurbanne. L'otage est retrouvé sain et sauf dans le quartier du Tonkin.

Samedi 7 novembre 1981. Les obsèques officielles du brigadier Guy Hubert sont célébrées à la chapelle Saint-Alban, aux Brotteaux. Il est inhumé à Massieux (Ain). Une marche silencieuse de mille cinq cent policiers en civils et en tenue est effectuée depuis la chapelle jusqu'au lieu de la fusillade.

Le gardien de la paix Régis Dardillac est promu brigadier de police ; il reçoit la médaille d’Honneur de la Police et la médaille d’Argent pour Acte de Courage et Dévouement. Les autres policiers intervenants sont décorés de la médaille de Bronze.


Enquête : La branche lyonnaise de l'action directe


Vendredi 28 Mars 1986. Interpellation de l'activiste de l'ultra-gauche André Olivier dit "Raymond-la-science", quarante-trois ans, et d'un complice Bernard Blanc, vingt-six ans. Les deux hommes disposent d'un arsenal conséquent : trois revolvers, un pistolet, un pistolet-mitrailleur et une demi-douzaine de chargeurs. Surveillé par les renseignements généraux pour renouer une piste lyonnaise d'Action Directe, les policiers mettent en fait en pleine lumière un groupe terroriste déjà bien rôdé.

Samedi 29 Mars 1986. Interpellation d'une complice, Joëlle Crépet, trente ans, dans une planque de la rue Joseph Soulary à Saint-Etienne (Loire). La perquisition de l'appartement s'avère particulièrement décisive dans le démantèlement du noyau dur de la branche lyonnaise d'Action Directe. Le service régional de la police judiciaire de Lyon y découvre quatre armes de poing, un pistolet mitrailleur, plus de six cents clés, des cagoules, mais aussi des monceaux de papiers : coupures de journaux, une centaine de plans d'agences bancaires, relevés d'écoutes téléphoniques, textes de revendication d'une vingtaine d'attentats. Surtout, ils retrouvent un petit carnet d'une trentaine de pages correspondant aux "confessions" très détaillées d'un ancien élève d'Olivier lorsqu'il était encore instituteur dans un lycée professionnel de Lyon : Maxime Frérot, l'artificier du groupuscule.

Munis de ces écrits, l'enquête s'oriente sur la piste terroriste et aboutie rapidement à nombreuses interpellations et élucidations d'affaires. Emile Ballandras, vingt-sept ans, déjà incarcéré pour braquage depuis deux ans, serait désigné par Frérot comme étant l'auteur du tir mortel sur le brigadier Hubert en 1981.

Mardi 24 Novembre 1987. Maxime Frérot, trente ans, est interpellé dans les sous-sols de la gare de la Part-Dieu après un échange de coups de feu avec deux gardiens de la paix qui le suspectaient de voler un cyclomoteur.

Le juge Marcel Lemonde instruit le dossier de la "branche lyonnaise" d'Action Directe. Vingt inculpés dont seize détenus doivent répondre de trois homicides volontaires et d'une trentaine d'attaques à main armée, de prises d'otages et de centaines de délits divers.

Jeudi 29 Juin 1989. La cour d'assises spéciale condamne Olivier, Frérot et Ballandras à la réclusion criminelle à perpétuité. Blanc et Crépet sont condamnés respectivement à trente et dix-huit ans de réclusion criminelle.


Sources et références :

© société lyonnaise d'histoire de la police, "Guy Hubert, mort en service commandé" de M. Salager (lien direct)
Journal télévisé du 03/11/1981 , "Reportage vers la 21ème minute"

Le Monde, article du 04/11/1981, "Un brigadier de police tué à Lyon
Le Monde, article du 05/11/1981, "Des syndicats de policiers dénoncent le laxisme du gouvernement"
Journal officiel du 06/11/1981, page 3030, "Citation à l'ordre de la nation" 
Le Monde, article du 09/11/1981, "Manifestations aux obsèques du brigadier Hubert" 
Le Monde, article du 13/06/1989 de Claude Régent, "Le dossier d'action directe s'alourdit"
Le Monde, article du 16/05/1989 du bureau régional, "Les crimes d'une secte terroriste"
Le Monde, article du 03/06/1989, "Des incertitudes de la balistique"
Le Monde, article du 30/06/1989, "Réclusion à perpétuité pour les chefs lyonnais d'action directe"
Le Progrès, article du 04/11/2011, "Il y a 30 ans, le brigadier Hubert tombait sous les balles d'action directe"

Jean-François DRUO

1981 - Un inspecteur de police est abattu avec son arme de service alors qu'il surprend deux cambrioleurs en flagrant délit à St-Maur-des-Fosses.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Dimanche 11 Octobre 1981. Deux rôdeurs entrent par effraction dans un cabanon attenant une maison de Saint-Maur-des-Fossés (Val de Marne). Surpris discrètement vers minuit par la résidente, cette dernière prévient son époux, Jean-François Druo, trente-huit ans, lequel est inspecteur de police à la 4ème Brigade Territoriale de la Police Judiciaire de Créteil (Val de Marne).

Malgré la pluie qui tombe et la pénombre, il perçoit depuis sa fenêtre des mouvements suspects. Tenu d'intervenir même lorsqu'il n'est pas en service, l'inspecteur Druo prend son arme administrative et sort pour inspecter les environs tandis que son épouse avertit police secours.

En bas, l'inspecteur Druo surprend effectivement deux truands en train de fouiller le local et les tient en respect. Mais l'un d'eux n'est pas intimidé pour autant. Il bondit sur le policier et déclenche une rixe. Il parvient alors à saisir son arme et la retourne contre lui. L'inspecteur, père de deux enfants, est atteint mortellement par trois projectiles. Son épouse, toujours présente à la fenêtre, se manifeste et est visée par un tir qui ne l'atteint pas.

Les policiers venus en renfort quelques instants après les coups de feu interpellent à moins de cent mètres des lieux du crime le meurtrier. Il s'agit de Milan Palček, vingt-cinq ans. Originaire de Montfermeil, cet individu présente un lourd passé judiciaire pour vols qualifiés, complicité dans plusieurs tentatives d'assassinats. Il donne des aveux circonstanciés. (Suites judiciaires ignorées)

Sources :
Le Monde, article du 13/10/1981, "Dans le Val de Marne, un inspecteur est tué par un jeune cambrioleur"
Le Parisien du 12/10/1981, "Le meurtrier du policier passe aux aveux."
Journal télévisé du 11/10/1981, "Fait du jour vers 17mn20"

Francis VIOLLEAU

1981 - Le gardien de la paix Francis Violleau est grièvement blessé par arme à feu par une terroriste de la Fraction armée rouge. Il meurt des suites de ses blessures en l'an 2000.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Mardi 4 Août 1981, fin d'après-midi. Deux gardiens de la paix cyclomotoristes de la préfecture de police de Paris régulent la circulation dans le quartier de Montparnasse. Une moto de petite cylindrée grille un feu rouge et les deux policiers tentent aussitôt de procéder à son contrôle. Mais le pilote, dépourvu de casque, n'obtempère pas et prend la fuite en empruntant le Boulevard Raspail à contre-sens.

Alors que l'un des policiers chute, la poursuite emmène le gardien de la paix Francis Violleau, seul, Rue de la Chaise dans le 7ème arrondissement de Paris, où le fuyard finit par s'arrêter près d'un garage, persuadé d'avoir semé les policiers.

Le policier s'approche avec méfiance de l'individu, qui s'avère être une jeune femme. Le policier baisse sans doute sa garde, et demande à la contrevenante de lui présenter des documents. Cette dernière ouvre son blouson, exhibe une arme et tire sans hésitation. Le projectile traverse la gorge et vient briser la 7e vertèbre cervicale du policier.

Le gardien de la paix Francis Violleau, trente-et-un ans, est admis à l'hôpital Saint Michel dans un état grave. Marié à Yolaine, ce jeune père de trois enfants devient tétraplégique. Il passe deux années dans un centre de réadaptation avant de rentrer chez lui, contre avis médical. La vie de la petite famille est bouleversée et devient très difficile.

L'enquête menée par la brigade criminelle aboutie rapidement à l'identification d'une terroriste allemande, grâce aux empreintes laissées sur la moto et un sac à main abandonnés lors de sa fuite : Inge Viett, trente-sept ans, membre de la Fraction armée rouge.

Cette figure du terrorisme d'extrême gauche allemand avait été arrêtée une première fois en mai 1972 pour sa participation à un attentat meurtrier contre le yacht-club britannique de Berlin et plusieurs braquages sanglants commis en Allemagne pour le compte de la nébuleuse terroriste. Elle avait réussi à s'évader un an plus tard, et vivait clandestinement à Paris depuis 1979.

Mercredi 13 Juin 1990. Inge Viett est enfin arrêtée à Magdebourg après avoir vécu dans la clandestinité en Allemagne de l'Est, avec la complicité de la Stasi. La chute du mur de Berlin en 1989 aura provoqué la sienne. Deux ans plus tard, elle est condamnée à treize années de prison. Libérée en janvier 1997, à la moitié de sa peine, elle vit depuis du chômage dans une cité HLM de l'ex-RDA.

Vendredi 17 Mars 2000. Élevé à titre honoraire brigadier de police, et récipiendaire de la médaille pour acte de courage et dévouement, Francis Violleau vit difficilement dans un centre médical spécialisé à Blois depuis 1985. Il finit ses jours parfaitement conscient et lucide sur sa situation dans le plus strict anonymat à l'âge de cinquante-quatre ans. Originaire de Saintes (Charente-Maritime), il repose désormais au caveau familial de Mérignac (Gironde).

Jeudi 15 Avril 2010. Le préfet de police Michel Gaudin inaugure la "salle Francis Violleau" dans les locaux des compagnies de circulation de la direction, sis 71 Rue Albert dans le 13ème arrondissement de Paris. Francis Violleau n’est pas "mort en service", mais il mérite le même respect.

Sources :
Der Spiegel du 08/09/1997, article de Bruno Schrep
Archives Le Monde du 06/08/1981 - du 13/08/1981 et du 14/08/1981
Un nom sur une porte : mémorial pour un flic de Georges Moréas - à lire ici

Patrick ROUSSEAUX

Source photo : Olivier Rousseaux, tous droits réservés.
1981 - Le gardien de la paix Patrick Rousseaux est victime d'un accident de la circulation en intervenant sur les lieux d'une rixe à Caen. Il était marié et père de 3 enfants.
Jeudi 25 Juin 1981, 23h40. Une rixe importante vient d'éclater dans le centre-ville de Caen (Calvados) ; certains individus seraient armés de couteaux. A bord d'une Renault 12 break un équipage de la brigade cynophile, monté par quatre gardiens de la paix et leur chien policier, se rend sur les lieux avec le gyrophare à deux-tons enclenché.

Alors que la R12 est sur le point de traverser le Pont de Vaucelles par la Place du 36ème Régiment d'infanterie, elle est très violemment percutée par un autocar des "Courriers Normands" provenant du Quai de Juillet. Sous l'effet du choc, la R12 effectue plusieurs embardées avant de s'immobiliser avec l'avant entièrement enfoncée. L'autocar finit sa trajectoire contre un arbre surplombant les quais de l'Orne.

Les conséquences sont désastreuses. Dans le véhicule de police, on relève les quatre blessés dont deux très grièvement : le conducteur, Claude Corbin, trente-deux ans, et un passager arrière, Patrick Rousseaux, trente-quatre ans. Ce dernier est transporté au centre hospitalier local dans un état très grave. Le brigadier Michel Jouenne, trente-six ans et Jacques Gautier, trente-quatre ans sont plus légèrement blessés.

Quant au chauffeur de l'autocar, Serge Dumont, trente-quatre ans, il s'en sort avec des blessures superficielles. L'enquête établit que celui-ci n'a pas respecté l'arrêt imposé au feu rouge fixe alors qu'il roulait à une vitesse très excessive. Il revenait d'un voyage scolaire de fin d'année et son contrôle d'alcoolémie se révélait positif.

5 Juillet 1982. Originaire de la Picardie, Patrick Rousseaux décède au centre hospitalier de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), enlevé à sa femme et à ses trois enfants : Olivier, Yannick et Grégory. Olivier explique : " Notre père était un homme aimé et très attaché à sa famille. Il nous a enseigné le respect, la droiture, l’amour des siens, de ses racines. Il était très sociable, chasseur, pêcheur, sportif (vélo), rieur." Sa disparition a été le point de départ de l’éclatement d’une famille : "Il était proche de ses trois frères, et de ses parents ; notre Grand père, très affecté aussi, est décédé quelques temps après le drame. Avec le temps ont succédé l’éloignement et les perdus de vue. "

" Nous avons gardé un grand respect pour la Police Nationale et les hommes de bonne volonté qui la composent. "

Sources :
Entretien avec Olivier Rousseaux

Jean-Pierre OLIVE

1981 - Le gardien de la paix Jean-Pierre Olive est tué au cours d'un braquage de banque à Paris.
 

Originaire de Rieux (Oise), il n'avait que 22 ans. Mariée à Brigitte, il est entré dans la police en 1980.

Si vous êtes un proche de la victime,
merci de me contacter.
Mercredi 15 Avril 1981. Quatre malfaiteurs lourdement armés font irruption dans une succursale de la Banque Nationale de Paris, sise Place des Ternes dans le 17ème arrondissement de Paris. Le commando, composé de trois hommes et d'une jeune femme blonde, s'empare de 30.000 francs.

La même scène s'est produite une demi-heure plus tôt dans un Crédit Agricole de la Rue la Boétie, dévalisée par une autre équipe de gangsters. De fait, une procédure est déjà enclenchée lorsque le braquage de la place des Ternes a lieu : des équipages de police se portent à chaque carrefour important, munis de gilets pare-balle et de pistolets mitrailleurs.

L'un des cars de police s'annonce à l'intersection des Avenues des Ternes et Wagram. A cet instant, l'équipage est prévenu par radio qu'un autre hold-up est en train de se commettre juste derrière eux. La patrouille s'engage rapidement Place des Ternes et se stationne face à la BNP. Mais elle tombe sur les malfaiteurs qui font immédiatement feu en direction du véhicule de police.

En position de chauffeur, le gardien de la paix Jean-Pierre Olive, vingt-deux ans, n'a aucune échappatoire. Il est mortellement atteint par un projectile de calibre 11,43 à la tête. Une trentaine d'impacts de balles recouvrent la carrosserie du car police-secours.

Répartis dans une Renault 14 claire et une Renault 18 bronze, les cinq malfaiteurs prennent la fuite en empruntant les petites rues. Les véhicules empruntent deux directions différentes. La R18 prend la direction de Neuilly-sur-Seine, mais elle percute un taxi à l'intersection de la Rue du Château et de la Rue Victor Hugo. Un autre car Police-Secours surgit : nouvelle fusillade très nourrie. A cet instant l'un des truands identifié comme étant de type "eurasien" s'est positionné derrière un véhicule en stationnement et tire au pistolet mitrailleur. Les policiers n'ont que le temps de se coucher dans leur véhicule, maintenant criblé de balles. Les malfrats finissent par dérober une Golf GTI en extirpant son conducteur et abandonnent armes, postiches et butin dans la R18. Ils prennent définitivement la fuite.



L'enquête est confiée à la Brigade de répression du banditisme dirigée par le commissaire divisionnaire Serge Devos. La piste d'Action Directe est privilégiée, d'autant qu'au début de l'année 1981, l'état major de la police judiciaire est prévenue de façon anonyme que l'organisation est en train de renaître. AD est une jonction de plusieurs mouvements autonomes communistes révolutionnaires dont l'activité terroriste se résume à une lutte armée contre l’impérialisme capitaliste, le fascisme, les symboles de la puissance de l’État, le grand patronat, aux moyens d'attentats à l'explosif, de mitraillages de façades, d'enlèvements de personnalités, etc.

Active dès 1979, cette organisation se démarque des autres groupuscules par une organisation plus structurée. Leurs membres n'utilisent plus de squats minables facilement repérables et louent discrètement des appartements sous de faux noms ou par le biais d'intermédiaires peu soupçonnables, pour stocker armes, explosifs, et y produire de faux documents. AD est également soutenue sur le plan logistique et tactique par des sections terroristes internationales. Leur unique mode de financement est le hold-up ; ce qu'AD désigne d'ailleurs comme une « réappropriation prolétarienne ». Les braquages effectués par des petits groupes d'hommes et de femmes sont une forme de signature mais ne sont jamais revendiqués "officiellement", comme le sont leurs attentats.

Les Renseignements généraux fournissent à la BRB un album photo des membres et sympathisants d'AD. Bien que cette organisation soit très affaiblie par les arrestations d'une quinzaine d'entre eux, dont  leurs leaders Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon, les contacts se multiplient. On convoque la quarantaine de témoins présents lors des fusillades du 15 Avril. Deux noms vont surgir.

La jeune femme coiffée d'une perruque blonde serait Joëlle Aubron, mais elle bénéficie rapidement d'un non-lieu à l'instruction. Quant à "l'eurasien", il est formellement reconnu par les six policiers présents dans le car de police pendant la fusillade de Neuilly. Il s'agit d'une relation de Joëlle Aubron, un certain Philippe Gobain, vingt-cinq ans, fils d'une mère française et d'un père vietnamien. Il est interpellé dans la nuit du 13 mai 1981 au cours d'un cambriolage dans un établissement scolaire, dans lequel il laissait des inscriptions sur les murs.

20 Septembre 1983. Le procès de Philippe Gobain se tient à la cour d'assises de Paris présidée par Guy Floch. Il nie farouchement sa participation d'autant qu'aucune preuve ne le relie directement. A la barre, deux des six policiers se montrent plus hésitants pour le désigner formellement. En outre, la cour apprend que la photo de Gobain a été présentée "officieusement" aux policiers avant leurs dépositions.

Fait très rare, le président de la cour Guy Floch décide de "transporter" la cour d'assises sur les lieux de la fusillade pour une reconstitution en présence des jurés. Sur place, il est établi que les policiers se trouvent à une distance de 23 mètres du tireur présumé, ce qui laisse les jurés circonspects. Gobain est acquitté.

L'enquête n'a jamais permis d'établir un lien entre les braquages du Crédit Agricole de la Rue de la Boétie et de la BNP de la Place des Ternes. Bien que la piste d'un groupuscule autonome en lien avec Action Directe soit privilégiée, les auteurs du braquage restent à ce jour non identifiés.

Bien malgré lui, le gardien de la paix Jean-Pierre Olive reste « la première bavure du terrorisme symbolique ». Il est le visage du premier meurtre attribué à Action Directe, alors même que la campagne présidentielle bat son plein. Le meurtre de ce simple policier au cours d'un braquage n'est d'ailleurs traité qu'au bout de vingt minutes de journal télévisé.


Sources :
Action Directe, par Alain Hamond et Jean-Charles Marchand (éd Seuil, 1986)
Le Monde, article du 16/04/1981, "Un policier tué à Paris après un hold-up"
Le Monde, article du 17/04/1981, "Après le meurtre d'un gardien de la paix [...]"
Le Monde, article du 22/05/1981, "Un militant autonome inculpé d'homicide volontaire sur un policier"

Pierre MATHIEU

1981 - Le gardien de la paix Pierre Mathieu est fauché volontairement par un véhicule alors qu'il régule la circulation.

Si vous êtes un proche de la victime, merci de me contacter.
Mardi 6 Janvier 1981. Le gardien de la paix Pierre Mathieu, trente-deux ans, est chargé de réguler la circulation sur la Place Saint-Siméon à Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne).

Mais il est fauché par une Citroën GS dont le conducteur en état d'ivresse préfère aussitôt prendre la fuite.

Contre toute attente, le conducteur d'un second véhicule signalé volé emprunte le même chemin, et percute volontairement à son tour le malheureux policier qui tentait de se relever. Suite à ce deuxième choc, Pierre Mathieu meurt sur le coup. Tout comme le premier malfaiteur, le second prend aussitôt la fuite et abandonne le véhicule volé plus loin.

Une demie-heure plus tard, un habitant de la commune d'Ormesson-sur-Marne se constitue prisonnier au commissariat de Chennevières. Il s'agit du conducteur de la Citroën. L'autre meurtrier, qui conduisait le véhicule volée n'a jamais été retrouvé.

Sources :
Le Monde, article du 07/01/1981, "Dans le Val de Marne, un gardien de la paix tué par un automobiliste"

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