Serge CASSARD

1975 - Le brigadier Serge Cassard est abattu par un tireur de précision alors qu'il assure un maintien de l'ordre au cours d'une nuit bleue à Bastia. Il avait 30 ans, était marié et père d'un enfant.
Dans la nuit du 21 au 22 août 1975 près d'Aléria (Haute-Corse), Edmond Siméoni, militant politique nationaliste local, prend la tête d'un commando de douze hommes armés de fusils et dynamite la cave viticole Henri Depeille. Il s'agit d'une importante entreprise d'origine "pied-noire" qu'il accuse d'escroquerie, et dont les méfaits menaceraient de ruiner des centaines de petits viticulteurs locaux.

Ces hommes se réclamant de l'Action Régionaliste Corse (ARC) décident de transformer les lieux en place forte afin d'alerter l'opinion publique sur le déclin viticole, et dénoncer la main mise "pied noire" sur les terres agricoles corses.

Les gendarmes mobiles qui sont dépêchés à Aléria font face à des hommes déterminés qui refusent de libérer les lieux. L'assaut est donné au petit matin par des centaines de gendarmes, renforcés par des véhicules blindés légers. Cet assaut se sanctionne par deux morts parmi les gendarmes mobiles. C'est la première action violente et spectaculaire cette mouvance autonomiste.

Mercredi 27 Août 1975. L'ARC est dissoute lors du conseil des ministres. Une décision qui entraine immédiatement une nuit d'émeutes en Corse : Bastia est en état de siège. C'est dans ce contexte que la Compagnie Républicaine de Sécurité N°46 - Ste-Foy-lès-Lyon (Rhône) est déployée sur la Place St-Nicolas pour assurer la protection de la sous-préfecture.

Jeudi 28 Août 1975. Serge Cacciari, vingt trois ans, agent d'assurances le jour, militant nationaliste la nuit, stationne sa CX-2000 près de la Place et sort du coffre une Winchester .30-30, équipée de sa lunette capable de tirer avec précision jusqu'à deux kilomètres. Il prend position. Plusieurs coups de feu sont tirés. Il est 2h50.

Dans le même temps, le brigadier de police Serge Cassard, trente ans, déploie un fusil lance-grenade qu'il vient de recharger et se positionne près d'un abri bus. Alors qu'il s'en décale, il est frappé mortellement au sternum par un projectile de calibre .30-30.

Comme le montrent les images ci-dessous, la situation devient encore plus chaotique. Plusieurs tireurs embusqués sont repérés autour de la sous-préfecture. On relève dix-sept hommes de la CRS 46 blessés par des tirs dont trois grièvement : les gardiens de la paix Jean Montage, Christian Chalard et Jean-Claude Zelan.
1975 - Le brigadier Serge Cassard est abattu par un tireur de précision alors qu'il assure un maintien de l'ordre au cours d'une nuit bleue à Bastia. Âgé de 30 ans, il était marié avec Sandra et père d'une petite Sonia alors âgée de dix-huit mois.

Originaire du Doubs, Serge Cassard est entré à l’école de police de Sens en 1966. D'abord affecté à la CRS N°44 à Joigny (Yonne), il est muté en 1967 à la CRS N°6 à St-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes).

Il obtient son grade de brigadier de police le 27 juillet 1973 et rejoint par la même la CRS N°46 à Sainte-Foy-Lès-Lyon (Rhône).
Titre du Parisien Libéré N°9619


Ordre est donné par le Commandant Michel Belin d'organiser une lourde riposte : il fait détruire l'éclairage urbain pour éviter que ses hommes restent à découvert sur la place. Puis il ordonne d'ouvrir le feu sur des groupes de tireurs embusqués mais bien localisés. Cette riposte est immédiatement dissuasive.

Dans la matinée, le témoignage d'un habitant de Bastia indique aux policiers le numéro de la plaque d'immatriculation du véhicule duquel il a vu sortir un individu avec un fusil. Des douilles sont récupérées sur le trottoir. Les enquêteurs se rendent logiquement au domicile du propriétaire de la CX, Serge Cacciari, et découvrent dans un placard la fameuse Winchester. L'expertise de l'arme est formelle : elle est reliée directement au meurtre du brigadier.

Samedi 10 juillet 1976. La Cour de Sûreté de l’État condamne Serge Cacciari à dix ans de réclusion criminelle. Ce dernier reconnait avoir tiré des coups de feu "le plus souvent" en l'air dans la nuit du 27 au 28 août 1975, mais déchargera la responsabilité du meurtre à un soit disant inconnu a qui il aurait prêté le fusil dix minutes. Celui-ci aurait déclaré "Je crois que j'en ai eu un".

Mardi 21 Juillet 1981. Serge Cacciari est libéré sous condition à l'occasion des nouvelles lois d'amnistie promises par le fraichement élu Président de la République François Mitterrand malgré une forte opposition des syndicats de police. Il décèdera en 2009.


Sources et références : 
Un demi-siècle au service de la République de  Robert Pinaud - L'Harmattan (2013)
Le Monde du 07/07/1976, "Une Winchester dans la nuit chaude de Bastia"
Le Monde du 12/07/1976, "La cour de sûreté de l'état condamne Serge Cacciari à dix ans de réclusion criminelle"
Le Monde du 02/09/1975, "La balle a été tirée par une carabine saisie chez un suspect"
Le Monde du 01/09/1975, "Arrestation du meurtrier présumé du brigadier Cassard"
Hommage au brigadier Cassard, société lyonnaise d'histoire de la police www.slhp-raa.fr

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